Je suis de la langue des foutraques aux cheveux emmêlés et aux idées contradictoires. Je suis de la langue pressée aux grandes enjambées qui débite pour comprendre plus vite ce qui s'est échappé. Je suis de la langue des fêlées qui voient toujours la faille pour s’y précipiter et qui regardent en louchant les murs détruits de sa conscience. Je suis de langue affamée qui trinque à la vie, quand il est trop tard pour la vivre pleinement, et qui se tait par peur du prémonitoire. Je suis de la langue des insomniaques qui jouent avec le feu et laissent le champ en friche, en se disant : "Je désherberai demain". Je suis de la langue des souillons trônant au milieu des ordures du monde sans penser à déménager. Je suis de la langue des vieilles baraques qui n’ouvrent plus leurs tiroirs par peur du passé et qui essayent d’écrire l’histoire sans savoir par où commencer. Je suis de la langue névrosée qui essuie vaguement l’étagère comme un clin d’œil au quotidien et théorise sur le ménage et sur les acariens. Je suis de la langue paranoïaque qui a peur qu’en le nommant le bordel attaque et engloutisse le vivant. Je suis de la langue démoniaque qui bégaye des mots nerveusement, espérant digérer le monde et
le chier au bon moment.